vendredi 19 octobre 2018

Gestion de l’energie à bord

Chose promise, chose due ! Je vous ai parlé récemment de ma façon de gérer l'eau au cours de ce beau périple. Dans le même esprit, aujourd'hui je vais aborder le thème de l'énergie à bord. Autre vaste domaine qui va, encore une fois, être traité de façon légèrement différente d'un bateau à l'autre mais toujours avec une problématique commune à la base.

Notre principale source d'énergie, il va sans dire, c'est le vent. Le propre d'un voilier est bien sûr d'utiliser ce vent pour avancer. On pourrait en rester là - tout serait dit - et nous glorifier orgueilleusement en clamant haut et fort que nous n'avons besoin de rien d'autre. Nous serions ainsi les rois du bilan carbone. Mais nos voiliers sont également équipés de plus en plus de « trucs » qui se sont rendus « indispensables » pour assurer notre petit confort. Mais au fait, comment faisait-on avant ? Tous ces « machins » ont besoin d'électricité pour fonctionner et c'est ici que les ennuis commencent. Parce qu'il n'y a pas d'autres mots pour parler d'électricité à bord. C'est une vraie source de problèmes. Il y a deux principales raisons à ça : l'humidité permanente et les secousses. Oui, pour faire simple, un voilier ça trempe dans l'eau et ça bouge tout le temps, pour bénéficier d'un bon circuit électrique il existe de meilleures conditions !

Mais commençons par le début et faisons notre « bilan électrique ». Qu'est ce que c'est que ça encore ? Pour faire simple, il faut savoir combien on a besoin d'électricité par jour. Rappeler vous, les fameux Ampères. Ce sont les batteries qui vont nous les fournir, il faudra donc disposer d'un nombre suffisant pour faire fonctionner tout cela. Et enfin il faudra être capable de recharger ces batteries au fur et à mesure. 
Pour calculer le besoin en électricité il faut connaitre la consommation des appareils utilisés et leur temps de fonctionnement dans la journée. Le parc batteries doit être égal à 4 fois cette consommation journalière. Et enfin, le "must" est de profiter d'installations adéquates pour assurer la charge. 
Comparons un peu tout cela avec le fonctionnement de notre voiture. Celle-ci dispose d'une batterie qui permet de démarrer le moteur et de faire fonctionner les phares, essuie-glaces et autres auto-radio. C'est l'alternateur couplé au moteur qui assure la charge de cette batterie. Sur un voilier le principe général est le même. Il y a aussi un alternateur bien sûr ! Il serait largement suffisant pour la navigation côtière. Quand le moteur tourne et recharge en même temps les batteries, le tour est joué !
En revanche sur un voilier qui part faire le tour du monde pendant 300 jours, on ne peut pas se contenter de l'alternateur pour recharger les batteries. Il nous faudrait une quantité de gaz-oil énorme et bonjour notre fameux bilan carbone dont nous étions si fier au départ ! Cet alternateur, on se le garde en ultra grand secours au cas où ... Pour recharger les batteries sur un voilier, on peut utiliser aussi des panneaux solaires, une éolienne ou encore un hydrogénérateur. Il existe également des systèmes d'alternateurs attelés à la ligne d'arbre. Là encore il faut faire des calculs pour savoir si tout ça nous permettrait de suffisamment charger nos batteries. Les panneaux solaires ont besoin de soleil, Lapalisse n'aurait pas dit mieux ! L' éolienne a besoin de vent et l'hydrogénérateur a besoin de vitesse pour fonctionner. Il faudra donc s'équiper en bonne connaissance de cause.

Quelques chiffres pour les puristes : dans le cadre de La Longue Route, Chanik a besoin de 100 Ampères par jour pour faire fonctionner le pilote automatique (le plus gros consommateur d'électricité), les appareils et feux de navigation ainsi que l'éclairage et autres petits accessoires. Il n'y a ni frigo, ni chauffage, ni dessalinisateur qui sont de gros consommateurs, eux aussi, d'énergie. C'est un choix assumé. Pour fournir cette énergie, je dispose quand même d'un parc de 4 batteries de 100 Ampères chacune. Le moteur qui ne tourne jamais - ah ça y est, j'ai retrouvé la fierté de mon bilan carbone - dispose de sa propre batterie pour son démarrage. Pour charger les batteries j'ai 200 Watts de panneaux solaires, une éolienne (dont j'ai déjà cassé deux pales mais qui fonctionne malgré tout, un peu moins bien c'est certain !) et un hydrogénérateur dont je ne me sers que très rarement, en grand secours. 

Au final, comme pour l'eau, il faudra savoir être économe et ne pas gaspiller son électricité. Un bon contrôleur devient un accessoire très pratique pour connaitre en permanence l'état de sa consommation.

Nb : je n'ai pas trouvé de petit nom sympa pour l'installation électrique. Buzz, peut-être ! comme « Buzz l'éclair » ... mais il doit y avoir mieux. Je vous laisse y réfléchir. Vous pouvez me soumettre le fruit de vos réflexions. Le gagnant aura droit à ... là c'est moi qui vais réfléchir !

En attendant Chanik et moi nous approchons tranquillement de l'Australie. Le Cap Leeuwin n'est plus très loin. Mais je vous en parlerai à ce moment là. D'ici là, vous pouvez toujours suivre notre position sur les cartes ...

A bientôt,

samedi 13 octobre 2018

"Claire"

 Nous sommes au 100 ème jour de mer et nous nous approchons tranquillement de la longitude du Cap Leeuwin, au sud est de l’Australie, deuxième grande étape du parcours. Je pense y arriver dans une dizaine de jours. En attendant, Chanik et moi progressons assez bien en ce moment. Je profite d’un bon vent portant qui souffle entre 20 et 30 noeuds et la mer qui va avec. Ce qui nous fait beaucoup rouler. Tout va bien à bord avec un peu de bricolage quand même : je suis en train de réparer le support du vérin hydraulique de « Laurent », mon deuxième pilote automatique. Il a lâché il y a 3 jours. Démontage, ponçage, grattage, sciage, stratification ... de quoi bien s’occuper dans des conditions un peu rock’n roll ! Remontage du support prévu dès que la mer se sera calmée. En ce moment nous subissons une houle de 4 mètres. Voilà pour les nouvelles du jour ... Et sinon, quel peut bien être le quotidien d’un marin de La Longue Route ? Bien entendu son objectif principal est de faire avancer son bateau au mieux pour boucler cet énorme parcours.Navigation, analyse météo, routage et réglages des voiles permettent tout cela. Mais pour le reste, ça se passe comment ? Comment vit-on en mer, tout seul lorsque l’on part réaliser un parcours aussi long ? Excellente question ! Le grand principe, en fait, est d’arriver à rester en autonomie complète dans tous les domaines. En plus de devoir faire face aux problèmes techniques, le bonhomme doit aussi gérer tout seul son alimentation, son sommeil, sa santé, ses craintes, son moral et aussi ses loisirs. Les besoins en eau et en énergie sont des domaines qu’il faut avoir anticipés.
 Pour répondre directement à une question de Serge, j’ai décidé aujourd’hui de vous parler de la gestion de l’eau à bord. Vaste sujet car si nous avons tous les mêmes besoins, chacun des participants à La Longue Route gère cette question de façon différente. Il nous faut boire, faire la cuisine et éventuellement nous laver. Serge énumérait les besoins d’un homme à terre : « ... j'ai calculé que par jour il faut boire 1,5l + la cuisine 0.5l + la toilette 3l ça fait 5l minimum par jour. Ça fait peu, ça serait plus 10l par jour. Mais vu le contexte je t'accorde 7l/jour. En prévision de 300j de mer il t'a fallu embarquer 2100 l. Et là je suis perplexe ... ». Effectivement il y a de quoi l’être. Impossible d’embarquer autant d’eau sur nos petits voiliers. Il y a la solution évidente d’utiliser un « déssalinisateur ». Dans le nautisme, il y en a maintenant de très bons qui savent produire 4 à 5 litres d’eau douce à l’heure à partir de l’eau de mer. Ce système est basé sur le principe de l’osmose. Certains d’entre nous en sont équipés. C’est toutefois une installation complexe, coûteuse et gourmande en énergie. Et c’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de ne pas m’en équiper. Il faut donc faire autrement mais surtout faire déjà très attention à sa consommation et éviter le gaspillage. J’ai prévu d’utiliser 3 litres d’eau douce par jour, tous besoins confondus. Ce qui représente 900 litres pour 300 jours de mer. A bord, je dispose de 300 litres dans mes cuves et j’ai embarqué 300 litres d’eau minérale en bonbonne. Ce qui fait un total de 600 litres disponibles à bord au départ. Il me manque donc 300 litres que je compte récupérer avec la pluie. Avant le départ, je me suis confectionné une bâche spéciale qui me permet cela. J’ai d’ailleurs surnommé mon installation « Claire » ... comme "à la claire fontaine"...! Bref ! Je ne vous cache pas que l’utilisation de ce système est un peu compliquée surtout quand il y a beaucoup de vent comme en ce moment. Le rendement n’est pas très bon et il faut accepter d’aller se faire tremper pour l’utiliser ... On ne parle ici que de l’eau douce. Heureusement, on dispose d’eau de mer à profusion. Ce qui permet de faire fonctionner les toilettes, de faire la vaisselle et de l’utiliser aussi un peu en cuisine. Je vous parlerai, une autre fois de la gestion de l’énergie ...

vendredi 28 septembre 2018

Raymond, Laurent, Leslie et autres barreurs ...

Une navigation en solitaire, aussi longue soit-elle comme peut l'être celle-ci par exemple, oblige son skipper à prendre un certain nombre de dispositions. Le pilotage du bateau est un des domaines importants à bien anticiper. En équipage le problème est assez simple, les marins se relaient en permanence, ils « prennent le quart » à tour de rôle et peuvent barrer pour diriger le bateau. En revanche, le solitaire doit tout faire tout seul à bord, toutes les tâches nécessaires à la bonne marche du bateau, les manoeuvres de voiles, étudier la navigation et la météo, faire le routage, mais aussi il doit prendre du temps pour lui, pour se restaurer, dormir, etc, ... Il ne peut donc pas rester tout le temps derrière sa barre. Il a besoin d'un équipement adéquat qui prend le relais. 
Si je donne l'impression d'enfoncer ici des portes ouvertes à évoquer un sujet aussi évident que le pilotage automatique, c'est pour montrer l'importance qu'il revêt dans le cas d'une navigation extrême en solitaire.
En 1895, Josuha Slocum utilisait un simple bout qu'il amarrait autour de la barre pour maintenir le cap du « Spay » lors de son tour du monde en solitaire. Pour sa « Longue Route » en 1968, Bernard Moitessier avait équipé son « Joshua », d'un régulateur d'allure. Aujourd'hui nous avons tous un pilote automatique sur nos voiliers. 
L'évolution des technologies a grandement facilité la pratique de la plaisance dans beaucoup de domaines comme par exemple celui des communications, de la cartographie électronique, du GPS et aussi de l'enrouleur de génois. Le pilotage automatique en a aussi pleinement bénéficié. Mais voilà, la face cachée de la lune, l'électronique et la mer ne font pas bon ménage. Les pilotes automatiques, comme tous les autres appareils à bord sont sensibles à l'humidité, à des connexions mal faites qui ne vieillissent pas bien ou encore aux mouvements violents que peut subir un bateau à cause du mauvais temps. Tout cela provoque des faux contacts ou de nombreuses pannes.
On imagine bien, dans ces conditions, que pour partir autour du monde en solitaire en voilier il faut être sûr de la fiabilité de son pilote automatique, de son « équipier », je devrais dire ! 
En ce qui me concerne, j'ai fait le choix d'équiper Chanik de deux pilotes automatiques et d'un régulateur d'allure. De plus, sur mon régulateur d'allure, j'ai opté pour une option supplémentaire, l'utilisation possible d'un tout petit pilote de barre franche connecté sur le système de drosses. Ce pilote remplace l'aérien dans ses conditions limites d'utilisation.
Chacun de ces 4 pilotes ont tous leurs avantages mais aussi leurs défauts. Pour déléguer ce genre de tâche de façon plus humaine, je me suis amusé à leur attribuer un petit nom à chacun. Il y a d'abord « Raymond » qui a déjà de nombreux milles au compteur. C'est lui qui m'a emmené faire le tour de l'Amérique du sud en 2012. Nous avons passé le Cap Horn ensemble dans des conditions épouvantables. Pendant cette période, j'ai passé beaucoup de temps à le réparer, à le maintenir en état et au final il est encore là, toujours fidèle au poste. Il reste encore aujourd'hui, mon petit préféré ! Depuis, j'ai installé un régulateur d'allure en 2013, au Brésil, avant de ramener Chanik en France. A la suite des nombreuses pannes de Raymond, j'ai préféré le seconder par ce système entièrement mécanique qui a déjà fait ses preuves dans le nautisme depuis plus de 50 ans. Son fonctionnement, essentiellement mécanique, demande quand même une certaine habitude dans son utilisation. De plus son rendement n'est pas optimal dans tous les temps. En revanche, lors de son fonctionnement, plus de problèmes électroniques, il ne consomme aucune électricité à la différence des autres. Son concepteur, Yves Gélinas, l'avait déjà baptisé « Cap Horn ». Quel joli nom ! Le petit pilote en option qui se connecte dessus a reçu le surnom de « Leslie ». Peu gourmand en électricité je lui ai attribué un rôle de grand secours. Et enfin il ne faut pas que j'oublie de vous parler du « petit » dernier qui est en fait une vraie bête de course : « Laurent » est très puissant mais il est aussi très gourmand en électricité, ce qui fait que je ne l'utilise pas beaucoup. Je reviendrai d'ailleurs, plus tard sur ce sujet de l'autonomie en électricité. J'ai donc un équipage de quatre marins qui peuvent « prendre la barre ». L'idéal pour un solitaire ! Imaginez les concurrents de la GGR qui ne peuvent utiliser que le régulateur d'allure.
Depuis le départ, Raymond et le Cap Horn se relaient très souvent mais je ne vous cache pas que j'aime beaucoup barrer aussi. Je veux bien passer pour un fou car aujourd'hui plus personne ne barre. Le pilote automatique a rendu le marin feignant ! A bord, il m'arrive d'y passer plusieurs heures par jour. J'adore ça! C'est à la barre que je vois tout, que je ressens tout. C'est à ce moment là que Chanik me parle. Moment de fusion entre nous. Elle me dit si les voiles sont bien réglées ou si la mer n'est pas trop mauvaise pour elle. Elle me transmet sa joie de filer à toute allure dans les vagues, à vouloir tracer son sillon dans la lame, l'écume jaillissant de l'étrave. Elle me fait partager son bonheur à dévaler les pentes des grosses vagues et m'emporte avec elle dans des surfs endiablés. Au bout d'un moment elle sait aussi me fait sentir « ça va bien l'ami, tu peux me laisser seule avec Raymond maintenant et aller vaquer à tes occupations, on a bien la situation en main tous les deux».
Aujourd'hui, ils sont encore très vaillants tous les quatre. Je touche du bois ...
Je me souviens (Hé papy !) d'une des premières chansons de marin que j'ai apprises en rentrant dans la Marine, en ... il y a 40 ans déjà ? la vache ! comme le temps passe vite ! J'ai l'impression que c'était encore hier ... cette chanson donc, faisait comme ça : 
« ... Hé garçon prends la barre,
Vire au vent et largue les ris ... ».

J'avais 20 ans, ... on ne se refait pas !

dimanche 23 septembre 2018

Ocean Indien

Entre le Cap de Bonne Espérance (au sud de l'Afrique) et le Cap Leeuwin (au sud de l'Australie) s'étend l'Océan Indien sur 4500 nautiques (plus de 8000 km). Nous évoluons en ce moment dans sa partie australe, une grande première ! J'ai décidé de nous immiscer avec prudence dans ce doux enfer. N'étant pas très rassuré à l'avance, je l'aborde délicatement et découvre que sa mauvaise réputation n'est pas surfaite. Des voiliers de la GGR avec qui nous naviguons en ce moment, y ont déjà subi de graves avaries. 
Certaines journées sont particulièrement agitées comme je le décrivais précédemment. Les prévisions météo maintes fois analysées nous laissent au final face à l'évidence: le mauvais temps est là. La vie à bord devient vite un enfer et nous passons alors en mode survie. Les vagues déferlent et viennent s'éclater sur la coque dans un vacarme assourdissant. On a l'impression dans ces moments là de subir des coups de boutoir. Malgré une assez bonne étanchéité, l'eau arrive quand même à rentrer. Les cales se remplissent doucement et tout devient humide à bord. Le froid s'installe, il ne reste plus qu'à enfiler des couches de vêtements les unes sur les autres pour éviter d'attraper la mort. Là, tout est bon, même la bouillotte offerte par ma Galy avant le départ devient un délice! L'angoisse monte et il n'y a plus qu'à espérer que le mauvais temps s'estompe bientôt pour retrouver une « vie normale ».
En revanche, il arrive aussi souvent de bénéficier de magnifiques moments de plénitude, de ceux que nous sommes venus chercher, où tout est un vrai régal à vivre. Dès l'aube les couleurs s'annoncent douces, le ciel dégagé laisse passer un soleil radieux et la température vient avoisiner les 20°C. On peut passer des heures assis dehors dans le cockpit à regarder inlassablement le vol des albatros, des pétrels et autres puffins. Ils dessinent des arabesques dans le ciel et planent au ras des vagues sans jamais bouger leurs ailes. Comment ne pas se laisser subjuguer par un tel spectacle ? On peut aussi s'installer dehors pour lire au soleil le roman du jour. C'est alors le moment de tout ouvrir pour laisser rentrer le bon air, aérer et faire disparaitre les traces d'humidité qui commençaient à perler sur les hublots. Les vêtement sont sortis pour une séance de séchage au naturel, comme à la maison. Opérations d'ailleurs souvent vaines car une fois que les vêtements ont pris l'eau de mer ils n'arrivent plus vraiment à sécher. Mais ce n'est pas grave car cette ambiance presque tropicale, en tous les cas surréaliste, laissent entrevoir les prémices du bonheur ! Et le soir arrive sans bruit. Il nous offre le plus beau des couchers de soleil pour clore cette journée de rêve ...
Entre les deux il y a les autres jours. Ces journées où la seule réelle préoccupation est de faire avancer le bateau dans les meilleures conditions possibles de sécurité en fonction de la météo qui s'offre à vous. Même si le vent peut se mettre parfois à tomber, la mer, elle, reste toujours agitée et un grain peut survenir n'importe quand. Cela vous apprend à ne jamais mettre toute la toile pour pouvoir étaler les bourrasques si besoin. Cet Océan Indien est un terrain de jeu très sportif qui demande une attention de tous les instants. Il abrite, en l'occurence les TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises), comme par exemple Kerguelen, Crozet, Amsterdam, qu'on surnomme volontiers les « îles de la désolation » ... !

Une pensée toute particulière pour Abhilash Tomy, concurrent de la GGR, blessé et coincé au fond de son bateau démâté après s'être retourné. Il attend les secours qui devraient arriver d'ici deux ou trois jours.

mardi 18 septembre 2018

Les portes de l’Apocalypse

Avant de se lancer dans une telle aventure autour du monde à la voile en solitaire et par les 3 caps, imaginer les difficultés à affronter dans tous les domaines reste une gageure. 
On pense tout d'abord aux problèmes d'autonomie. L'humain n'est pas habitué à vivre 300 jours d'affilée dans un milieu qui n'est pas le sien. Il faut essayer de « tout » prévoir à terre, avant le départ et on réalise très vite, en mer, que c'était impossible. A la première difficulté rencontrée, on doit s'adapter avec ce qu'on a. La prise de conscience de ne plus disposer du confort de la vie terrestre vous explose en pleine figure. Mais je reviendrai une autre fois sur ce sujet, plus en profondeur.
Aujourd'hui je voulais surtout vous parler de la réalité du milieu. Et là je pense que c'est la plus grande inconnue : la mer ! Celle qui illustre si joliment les catalogues des agences de tourisme pour vous vendre des voyages de rêve n'est pas du tout celle que l'on va rencontrer. Elle est dix fois plus belle à vivre dans de telles conditions, sur son bateau, en harmonie avec les éléments qui nous entourent. On a le temps d'en profiter et de réaliser l'immense bonheur qu'elle peut procurer à l'homme, au marin solitaire, loin des plus beaux rivages du monde ... A terre, on ne peut qu imaginer et on sera toujours tellement loin de la merveilleuse réalité. C'est encore plus vrai lorsqu'elle se déchaîne. Les plus beaux films maritimes ne pourront malheureusement jamais retranscrire les réelles émotions ressenties dans la furie. 
Même si j'étais loin de subir le pire qu'il puisse encore arriver d'ici à la fin du parcours, j'ai vécu hier une journée très difficile. Et c'est dans ces moments là que l'on prend vite conscience de la dure vie de marin. Une mer forte due à un vent fort à affronter de face plantent le décor d'une navigation compliquée. Chanik et moi étions à la limite de nous mettre en situation de « fuite » pour étaler ce mauvais temps. J avais décidé d'avancer au près contre 30 à 35 noeuds de vent établi. Au final nous en avons beaucoup souffert. Chanik était vautrée en permanence malgré une voilure réduite au minimum. La forte gite permanente me faisait marcher sur les murs. Et nous avons subi quelques avaries: la fixation des WC s'est arrachée, une porte d'un placard s'est envolée et l'éolienne a perdu 2 pales. De nombreuses déferlantes arrivaient à faire rentrer de l'eau à l'intérieur malgré le maximum de précautions d'étanchéité prises au fur et à mesure. C'est là qu'on s'aperçoit qu'un bateau n'est pas un tupperware ... beaucoup de stress et d'anxiété, et beaucoup de temps en mode "survie" à tenter de ramasser tout ce qui valdinguait à travers le bateau et le reste du temps à essorer l'eau des cales ... un vrai bonheur à vivre !
Aujourd'hui, cela va beaucoup mieux. Un vent de 20 noeuds nous pousse sous un soleil radieux. Magique ! 
Après coup, ou encore, loin de tout cela, bien installé dans son canapé à la maison, il est toujours facile de critiquer notre choix. Mais je ne peux pas m'empêcher de le faire, comme vous sans doute ; peut-être aurais-je dû affaler complètement ma grand-voile ou bien me mettre à la cape ou encore prendre la fuite ... J'aurais pu aussi tout simplement ne pas être là à tenter de vivre ce périple délirant. J'aurais pu rester avec vous, à partager avec bonheur une bière. Nous aurions évoqué ensemble, avec nostalgie, la possibilité de pouvoir « rêver un impossible rêve ... » que savait si bien décrire Le Grand Jacques.
« Encore un grand Merci à toi, Magali, ma Pénélope, pour ton soutien sans faille ! Sans toi, sans tes messages, j'aurais déjà abandonné 10000 fois depuis le début et peut-être encore hier... "

mardi 11 septembre 2018

Good Hope

Good Hope,

Comme il porte bien son nom celui-là ! Il n'a jamais été aussi désiré ... espéré. Comme le chemin a été long pour en arriver là ! Je ne repasserai pas en détail, une nouvelle fois, toutes les étapes du début de l'aventure, vous commencez à bien les connaitre. Mais n'ayez crainte, j'y reviendrai encore, mais un peu plus tard ... 
Aujourd'hui, je voudrais vous parler de notre cher et regretté Guy Bernardin, sans qui je ne serais pas là aujourd'hui, sur ce tour du monde en solitaire à franchir ce Cap de Bonne Espérance. C'est lui, il faut quand même le rappeler, qui m'a entraîné, sans le vouloir, dans cette incroyable aventure comme il a également entraîné derrière lui, 25 autres marins aux navigations inassouvies. Il a su réveiller au plus profond de moi, de nous, ce désir d'aller jusqu'au bout. Il m'a laissé imaginer qu'un marin ordinaire pouvait le faire avec un bateau ordinaire. Mais en même temps, il nous avait confiés, lors de notre deuxième rencontre, que peu d'entre nous arriveraient au bout. Il voulait nous faire comprendre que nous ne partions pas non plus pour une partie de rigolade ! Il avait même rajouté qu'un tiers ne partirait pas, qu'un autre tiers n'atteindrait pas le Cap de Bonne Espérance et qu'au final, nous ne serions pas nombreux à l'arrivée. Je l'entends encore « Gardez toujours à l'esprit qu'avant tout vous partez pour vous faire plaisir ». Il avait raison sur toute la ligne !
Aujourd'hui le premier Cap est passé, le premier quart du parcours. L'Océan Indien m'ouvre ses portes pour la suite de l'aventure ...
Mes pensées vont également vers Magali, ma compagne et je la remercie d'être là depuis le début. Elle me soutient malgré la grande difficulté que ça représente pour elle(s) qui reste(nt) à terre ... « Femmes de marins, femmes de chagrin...»