samedi 13 avril 2019

Retour en France,

Chanik et Alizés2 à Jacaré
A mon arrivée à Jacaré, une visite chez un spécialiste brésilien de l’appareil digestif a confirmé mes doutes. Il est nécessaire de me faire opérer d’une hernie inguinale. Il pourrait, bien sûr le faire sur place mais je choisis de rentrer en France pour l’intervention. Chanik restera là-bas, bien sage, à m’attendre comme elle l’a déjà fait en 2013.
Cela fait maintenant quelques jours que l’opération s’est déroulée, à Chambéry. Tout s’est bien passé. Je poursuis une période de convalescence douce et tranquille. J’en profite également pour subir toute une série d’examens : sanguins, pulmonaires et cardiaques, entre autres. Une révision des 60 ans, en fait ! Et en plus, ça rassure tout le monde … !

Cet épisode savoyard imprévu me permet de retrouver mes enfants. Nous passons du temps ensemble : nous retrouver est un vrai bonheur ! Comme ils ont grandi !
Après une si longue absence, nos retrouvailles avec Mag laissaient présager de gros bouleversements. En effet, un tel projet n est pas sans mettre un couple à rude épreuve ... Nous nous sommes retrouvés dans le calme et la sérénité. Nous avons pris beaucoup de temps pour échanger, nous écouter. Au final, nous avons réalisé que cette séparation était un mal nécessaire. Elle nous a permis de mieux nous connaitre et de mieux nous comprendre.
Je prends également le temps de revoir mes amis. Après les Savoyards, je prévois d’aller faire un tour en Bretagne, puis dans le Sud pour passer également un peu de temps avec mes amis de Sète.

De son côté, Francis poursuit son chemin. Il est reparti de Jacaré quelques jours après notre arrivée, le temps de vérifier son gréement. Il est maintenant en route pour Bordeaux qu’il atteindra officiellement le 26 avril prochain. Il vient de traverser les Açores et nous restons en contact permanent. Je passe quotidiennement du temps avec lui en l’accompagnant dans son routage, c’est une façon d’entretenir ce lien très fort qui s’est tissé entre nous depuis le départ.

Cet été je ramènerai Chanik en France et la boucle sera ainsi complètement fermée.

vendredi 8 mars 2019

Retour à Jacaré


Il y a un peu plus de 6 mois nous quittions Jacaré. Nous voici de retour après avoir bouclé un « Tour du monde en Solidaire » par les trois caps australs. Quelle belle aventure !
Je vais profiter de cette escale pour me faire soigner d’une hernie inguinale (à vos dicos messieurs dames ... ) qui commence à me chatouiller. Le moindre effort me fatigue sérieusement. Je n’aurais pas pu revenir directement en France en supportant cette douleur qui amplifie.
Francis, toujours aussi fidèle, profitera de cet arrêt au stand pour faire un bon check-up de son bateau avant de repartir, seul, en France. Effectivement, après une probable intervention chirurgicale, il me faudra suivre une période de convalescence avant de reprendre la mer avec Chanik ...

Mais d’ici là, on aura le temps d’en reparler !

lundi 25 février 2019

du frigo au four ...

Le Cap Horn ne serait presque qu'un lointain souvenir s'il n'avait pas laissé autant de traces au plus profond de moi. Il a gravé son passage comme un sillage indélébile, un albatros tatoué sur mon cœur. Cela fait quand même trois semaines et je m'en souviens comme si c'était hier ...
Nous sommes maintenant bien remontés dans l'Atlantique, à la latitude de Rio mais un peu encalminés dans un magnifique anticyclone.
Nous étions frigorifiés et trempés par les embruns des hautes latitudes et maintenant nous voici immobilisés dans une pétole caniculaire. L'été austral bat son plein, 37 ° C à l'intérieur comme à l'extérieur, sans un souffle d'air. Ne nous plaignons pas, la mer est à 30 ° C, température idéale pour les bains rafraîchissants. Eole ne semble pas trop perturbé par notre sort, il envisage même de continuer à jouer aux abonnés absents d'ici les prochains jours. Il ne nous reste plus qu'à sortir le tricot pour patienter. Heureusement, il est largement autorisé de se laisser bercer par ce paysage maritime enchanteur, de dormir à la belle étoile, sous la Voie Lactée, avec la Lune comme lampe de chevet pour bouquiner tranquillement avant de s'endormir sous la Croix du Sud bienveillante. Je ne saurais pas donner de définition au bonheur mais cela pourrait s'en rapprocher ...

Fanch, heureux en mer, ...

mardi 5 février 2019

Cabo de Hornos,

Depuis une semaine nous enchaînions dépressions sur dépressions qui nous poussaient inlassablement. De grosses journées et de belles distances parcourues mais aussi beaucoup de fatigue accumulée. Notre impatience à atteindre le fameux Cap cachait une sorte de lassitude. Et enfin le jour J arrivait !
Francis était devant moi depuis quelques jours, depuis le sauvetage de Sébastien. Il est donc arrivé le premier, le matin, dans la brume sans avoir la chance de l'apercevoir, même en s'approchant à 13 nautiques. La météo était encore dynamique, avec des vents portants de 30 à 40 noeuds et une bonne houle de 4 mètres, quand même bien praticable. Chanik ne portait qu'un petit tourmentin à l'avant. Tout se passait bien et d'après mes calculs je devais arriver en début d'après-midi.
Un peu avant midi, j'étais à une quinzaine de nautiques du rocher, toujours rien en vue. Je commençais à me faire une raison : je ne le verrai pas non plus cette fois ci. La mauvaise visibilité en décidait ainsi. « Encore un qui ne connaît pas Raoul ! », se serait écrié Bernard Blier dans les Tontons Flingueurs. Je continuais à me rapprocher prudemment quand soudain, un appel radio me sortit de mon intense détermination : « Chanik, de control trafic de Cabo de Hornos, do you read me ? over ». Nous avions été détectés grâce à notre signal AIS émis en permanence. S'en est suivi un long échange à la vhf avec le gardien du phare (guetteur sémaphorique). Quelle joie de partager ce moment en direct avec lui ! Il me confirme la visibilité réduite à 3 nautiques et me suggère d'approcher encore. Dans ces conditions, lorsque la météo est mauvaise, comme aujourd'hui, il ne me semblait pas très prudent d'approcher trop près à cause de la remontée des fonds qui peuvent avoir une incidence sérieuse sur la grosseur des vagues. Il me rassure et m'annonce que c'est finalement très praticable. Je le soupçonne d'avoir senti à quel point je le voulais ce Cap !
Effectivement, une heure plus tard, comme il l'avait prévu, le Rocher se détache doucement de la brume ... et en même temps le ciel se déchire pour laisser apparaître complètement le soleil, comme par miracle ... Ho ! Je n'en revenais pas moi-même ! Et là, une émotion intense s'empare de moi, je me mets à hurler de joie, de bonheur, j'en pleure, je suis complètement boulversé ... ça y est ! Il est là, devant moi, à 3 nautiques, grandiose, énorme ! Ma surprise est interrompue par un nouvel appel radio, mon gardien de phare, mon protecteur du lieu, venait de m'apercevoir. Il était aussi content que moi. Je ne lui ai pas caché ma joie et il le sentait bien. Et nous voilà à discuter de cette magnifique aventure qui m'a amené ici aujourd'hui. Il me demandait si tout allait bien et si je n'avais pas de problème, ... une magnifique discussion surréaliste qui a bien duré une quinzaine de minutes. Nous avons échangé nos adresses mails pour nous recontacter plus tard. Il m'enverra des photos de Chanik qu'il est en train de prendre en ce moment même ... je suis comme dans un rêve ...
Non, je suis bien là, je le vois, il est sous mes yeux. Je prends enfin conscience de ce que je suis en train de vivre. Je savoure. Quelle émotion ! À ce moment là, dans ma tête, j'entends le Grand Jacques chanter :
« ... Rêver un impossible rêve,
Porter le chagrin des départs,
Brûler d'une possible fièvre,
Partir où personne ne part,
Aimer jusqu'à la déchirure,
Aimer, même trop, même mal,
Tenter sans force et sans armure,
d'atteindre l'inaccessible étoile ... »
Ces mots m'accompagnent depuis le départ du Bono. Écrits au dos d'une carte postale représentant« Joshua », le voilier de Bernard Moitessier, ces mots tracés par les mains de Magali . Une envie de l'appeler, là, maintenant, pour pleurer de bonheur avec elle, en direct. Emotion encore plus forte. Nous l'avons passé ensemble ce Cap Horn. C'est grâce à elle si j'y suis arrivé. Elle a sa part, énorme, dans la réussite de ce projet complètement fou ...
Soudain, une grosse déferlante me rappelle à l'ordre, cockpit envahi, je m'accroche à la barre pendant ce coup de gite monumental. Et oui, on est quand même dans l'un des endroits les plus dangereux de la planète. Il faut rester vigilant, toujours. Malgré mon harnachement de gros temps, je suis complètement trempé. Trempé mais heureux ! Mon téléphone s'est noyé, un de plus ...
L' Atlantique est devant nous. Il nous fait un accueil somptueux, beau temps et belle mer depuis deux jours. Le bonheur !

dimanche 3 février 2019

Cap Horn

Chanik et moi avons franchi le Cap Horn ce dimanche 3 février 2019 à 19h (heure française).
Je vous prépare le récit épique de cet épisode ...

lundi 28 janvier 2019

Fortune de mer

Notre ami Sébastien Debierre, l'un des participants à « La Longue Route 2018 » vient de perdre son trimaran à quelques centaines de nautiques du Cap Horn. Il a été secouru et embarqué à bord d'un cargo. Cela se passait les mardi 22 et mercredi 23 janvier derniers. Je vous laisse le soin de découvrir son récit :
...
"Ça a débuté comme ça, je pensais avoir trouvé une solution au Sud pour arriver rapidement au Horn. Sous gv 3 ris, je suis descendu sous 50 degrés Sud, ça filait bien avec le Nord Ouest, bien que limite parfois dans les surfs. 
Le lendemain il y a eu la bascule au sud ouest et la houle est devenue énorme. Sous trinquette seule pour limiter les survitesses, j'arrivais à faire de l'Est à 1500 miles du Cap Horn. 
Puis il y a eu une vague beaucoup plus grosse que les autres, le trimaran a littéralement décollé dessus et est retombé sur le flotteur tribord. Je n'ai rien constaté sur le moment. Dans l'après midi j'ai commencé à entendre des couinements suspects à l'intérieur. J'ai inspecté les bras de liaison puis les flotteurs et j'ai constaté un léger déchirement de la strate sur le pont du flotteur tribord au niveau des bras de liaisons avant et arrière. 
Il n'était plus question de continuer à faire route et je me suis détourné vers le Nord en direction de Chanik et Alizés2. 
Avec Fanch et Francis nous avons fait le point pour envisager la suite. Je devais faire une estimation plus approfondie des dégâts, quand les conditions le permettraient et décider soit d'abandonner le navire en rejoignant Chanik, soit continuer entouré de mes deux amis au cas où, ou alors remonter en Polynésie pour réparer. Mais le vent et la mer ont continué à forcir et ne m'ont pas laissé le choix. Dans la soirée il y a eut un gros crac et le flotteur a commencé à se détacher. J'ai déclenché ma balise de détresse. 
Les secours ont été d une incroyable efficacité. On m'a prévenu rapidement qu'il y avait un cargo à 88 miles de moi et qu'il me récupérerait dans la matinée. Au matin le flotteur s'est entièrement détaché et s'est logé sous la nacelle retenu par les haubans. Le mat extrêmement sécurisé n a pas bougé. Avec la trinquette j'ai maintenu l'équilibre sur le flotteur bâbord.
Le MRCC Chile a donné au cargo la position du déclenchement de ma balise sans tenir compte de ma dérive au vent et aux vagues. Dans la nuit j'ai parcouru 60 miles dans l'Est . Au matin le capitaine du cargo m'a appelé pour me demander où je me trouvais et je lui ai donné ma nouvelle position. Ils sont arrivés 6 heures plus tard en fin d'après midi. 
Et là, le truc le plus incroyable que j'ai vécu a commencé.
Ce cargo gigantesque qui ne passe pas les écluses de Panama a commencé à se rapprocher. Le capitaine m'a donné les instructions de la manœuvre par VHF. Il allait se mettre au vent pour me casser les vagues ( 7.5m de creux) et nous allions naviguer à même vitesse côte à côte jusqu'à se rapprocher à moins d'un mètre. Puis ils allaient m'envoyer un filin que je crochèterais sur mon harnais. 
J'avais au préalable enfilé ma combinaison de survie. La première tentative a échoué, puis le cargo a manœuvré, je me suis retrouvé sur son arrière, ils ont pu m'envoyer un messager, j'ai récupéré la ligne de vie. Le trimaran s'est retrouvé à frotter sur la coque du cargo. La seule solution pour me récupérer était de sauter dans l'eau. Pendant que les bras de liaison explosaient, j'ai plongé. 
Je me suis retrouvé sous la nacelle entre la coque du flotteur et la carène du cargo. L'équipage m'a alors propulsé à fond pour ne pas me faire écraser. Pendant une minute, j'ai été traîné dans le Pacifique ne pouvant plus respirer sous des gerbes d'eau, puis j'ai été comme catapulté le long de la coque jusqu'à arriver au pont.
Là, un sympathique équipage Ukrainien m'a accueilli. J'étais incapable de tenir sur mes jambes tant le moment avait été fort. Encadré par deux gaillards, ils m'ont conduit à l'infirmerie pour constater qu'il n'y avait pas de dégâts. Après une douche chaude, ils m'ont donné des affaires sèches et conduit dans ma cabine. 
Me voila embarqué sur le "Mineral Beijing" pour finir ce tour du monde. Car l'ironie de l'histoire veut que ce cargo passe le cap Horn et aille aux Pays Bas pour livrer sa cargaison australienne de charbon. La longue route continue mais pas sur le même navire…
J'ai atteint les limites du trimaran en voulant forcer un passage. Fatigue des dépressions australes et du froid glacial, j'ai voulu en finir rapidement avec cette navigation, on voit le résultat, je ne suis pas fier d'avoir abandonné mon bateau. Je savais que cette descente était plus problématique pour le multicoque. Je pensais pouvoir me faufiler, mais les coups de vent se sont enchaînés tous les deux jours.
Merci au capitaine du Mineral Beijing et son équipage pour leur incroyable manœuvre et leur gentillesse.
Merci aux MRCC pour leur efficacité.
Merci à Fanch et Francis pour leur soutien."
...

Francis et moi étions les bateaux les plus proches lorsque Sébastien a commencé à subir cette terrible épreuve. J'étais à un peu plus de 200 nautiques devant lui et Francis encore bien devant. Nous avancions tous les trois assez vite en direction du Cap Horn, poussés par des vents au portant. Aussitôt prévenus par Sébastien j'ai fait demi tour pour venir à sa rencontre tandis que Francis stoppait sa progression et restait en Stand by. 
Je me suis lancé au près, dans cette mer en furie pour me rapprocher le plus possible de Sébastien. Le but était de le rejoindre dans une zone plus calme pour faire le point avec lui, voire l'embarquer à bord si la situation venait à se dégrader. Bien entendu, c'était sans compter sur le fait de devoir affronter un vent de face entre 30 et 40 noeuds dans une houle de plus de 6 mètres, un vrai bonheur ! Mais peut importe, il fallait agir vite tout en prenant le maximum de précautions pour éviter le sur-accident !
Dans ces conditions de mer, ma progression vers Sébastien était lente et difficile. Heureusement le cargo, alerté par les secours, est arrivé plus vite que moi et a permis d'abréger cette longue attente ... Je suis resté en approche jusqu'au bout et je gardais un contact permanent avec Sébastien pour le rassurer. Sans ce cargo providentiel, il m'aurais fallu plus d'une journée supplémentaire pour rejoindre Sébastien ...

J'ai une pensée très émue pour notre ami Sébastien qui a vécu l'épreuve difficile de devoir abandonner son bateau. Il s'en sort indemne et c'est tant mieux !
Cette fortune de mer qui arrive dans les mers du sud, réputées pour être les plus dangereuses et les plus dures du monde devra nous rappeler à l'ordre. Dans cette aventure longue et difficile nous devons rester vigilants en permanence malgré la fatigue cumulée depuis près de 200 jours de mer et malgré l'impatience d'en venir enfin à bout ...

Francis et moi avons repris notre progression vers le Horn avec beaucoup de prudence. Les conditions restent encore musclées (ici c'est tout le temps comme ça ! ) mais quand même bien praticables.

dimanche 20 janvier 2019

A l’approche du Cap Horn ...

La pression monte doucement à bord tandis que celle du baromètre joue au yoyo, sur les cadrans. Aujourd'hui, à l'heure où j'écris ces lignes, 1700 nautiques (3150 km) nous séparent du fameux Cap Horn. Il nous faudra une quinzaine de jours pour l'atteindre.
Tous les matins, l'analyse des données météo m'aide à trouver la bonne option. Bien sûr il serait tentant de faire route directe, Cap au 120 , je préfère éviter de nous mettre en difficulté avec le train de dépressions qui nous arrive dessus. Tout l'art est de trouver la bonne façon de passer en douceur.

Je repense souvent à cette journée du 25 juillet 2013, il y a 5 ans et demi, je franchissais le Cap Horn pour la première fois. La météo était déchaînée, des rafales entre 50 et 70 noeuds, une tempête. Chanik s'était couchée deux fois, et se relevait aussitôt, elle me demandait de lui venir en aide. Raymond commençait à s'essouffler, je me suis équipé et je suis sorti prendre la barre. J'étais serein, le temps était exceptionnel, une succession d'averses de grêle et d'éclaircies renvoyait des éclats d'argent provenant des crêtes des vagues. Le vent et la mer nous poussaient très fort et d'un même élan comme pour nous dire « c'est bon, vous pouvez passer maintenant ! ». Nous étions trop loin pour l'apercevoir (une trentaine de nautiques) et j'étais tellement concentré, ce n'était pas important au fond ! J'étais plutôt préoccupé par le temps que je devrais passer à la barre. Et au bout de quelques heures, une accalmie, 40 noeuds, j'ai repassé la main à Raymond qui avait eu le temps de faire sa pause. Ça y était, nous avions quitté le Pacifique et nous revenions en Atlantique. Je me souviendrai toute ma vie de cette incroyable journée ...
Cette fois, ce sera certainement encore différent. Peut-être aurai-je la chance d'apercevoir le rocher ... j'espère !

En attendant, tout va bien à bord. Après une belle semaine de beau temps, soleil et températures plutôt clémentes, nous négocions aujourd'hui une nouvelle dépression. 30 noeuds au grand largue et 40 dans les rafales. Une deuxième arrive derrière aussitôt. Il faut dire que nous approchons quand même des 50 èmes hurlants ! La grand voile est affalée et le génois est complètement enroulé. (Je ne peux d'ailleurs plus m'en servir depuis 3 semaines, je dois l'affaler pour recoudre une déchirure et je n'ai pas encore trouvé le bon créneau de calme, depuis j'alterne donc entre foc et trinquette sur étai larguable. ). Nous sommes sous trinquette seule et avançons tranquillement entre 6 et 8 noeuds, au milieu d'une mer bien formée ... sous le regard bienveillant des albatros toujours aussi majestueux !

dimanche 13 janvier 2019

Meilleurs voeux du Pacifique

Aujourd'hui la météo est plutôt clémente. Le temps revient au beau, presque 19 degrés affichés au thermomètre cet après-midi, la mer est encore bien agitée avec une houle qui diminue progressivement, il ne reste plus que 3 mètres. Nous sommes au milieu du Pacifique et je vous souhaite une bonne année 2019.

Nous venons d'essuyer une nouvelle dépression assez rock'n roll, genre machine à laver sur mode essorage. Des rafales à plus de 45 noeuds et une houle de 6 mètres. Heureusement que nous avons suffisamment de recul grâce à nos fichiers météo, cela nous permet de nous positionner au mieux lorsque le mauvais temps pointe le bout de son nez. Dans ces conditions, on n'a pas vraiment le temps de s'ennuyer. 

Ce n'est pas tous les jours aussi violent. Il y a aussi les journées calmes, longues, froides et grises durant lesquelles le temps glisse sans accrocher et nous laisse souvent songeurs ... ça peut aussi arriver au milieu du Pacifique et oui !

Et heureusement il y a ces magnifiques journées, comme aujourd'hui. Retour en terrasse pour profiter du soleil et admirer nos amis les albatros qui nous font grâce de leurs majestueuses arabesques dont eux seuls ont le secret. Je vous envoie cette carte postale, de l'autre bout du monde, pour vous accompagner tout au long de cette nouvelle année. Soyez heureux, ne vous laissez pas gagner par la morosité du mauvais temps ou des mauvaises nouvelles distillées en permanence sur les media. Prennez un peu plus de recul. Profitez de la nature, des amis et de la famille. Retrouvez le gout de l'échange et de la communication. Ressentez le bonheur des petits plaisirs. Lancez-vous dans vos projets. Vivez sans compter votre temps. Quand vous aimez, osez le lui dire.

Meilleurs voeux

mercredi 19 décembre 2018

Dunedin

Viennent de s'achever 3 semaines d'arrêt épiques en Nouvelle Zélande. Nous avons repris la mer mardi matin avec Francis, après avoir résolu ensemble ses nombreux problèmes. Nous étions venus ici simplement pour faire réparer ses voiles d'avant et au final de nombreuses péripéties se sont accumulées. 
Cela a commencé par les mauvaises conditions météo qu'il a dû affronter, ce qui a décalé son arrivée d'une semaine après moi à Dunedin. La fatigue accumulée pendant les derniers jours passés dans des conditions de mer très difficiles l'a amené à se rapprocher un peu trop des cailloux ... bilan : un trou dans l'étrave et une entrée d'eau de 100 litres/heure. Rentrée d'urgence à Port Chalmers et mise au sec du bateau en chantier pour réparer l'étrave.
La presence à bord de "Navy", le chat de Francis, ne fut pas du tout du goût des autorités. Le charmant petit compagnon de Francis dans ce long périple s'est subitement transformé en une bête pestiférée pouvant introduire la rage en Nouvelle Zélande. S'en est suivie une longue période de quarantaine incontournable, déchirant le coeur de notre déjà malchanceux ami navigateur.
Un coefficient de marées un peu élevé nous a permis également de découvrir sans le vouloir les dessous d''Alizes2", le bateau de Francis. Hummm ...
Et enfin, la réparation des voiles a pris un temps fou. Il a fallu les amener à Christchurch, à 350 km plus au nord, pour trouver un voilier sérieux digne de ce nom. Pour ce faire, la location d'une voiture s'est très vite soldée par un accident en pleine ville, le temps de s'apercevoir que nos amis Kiwi, conduisent à gauche. Quelle idée ! Au final, les réparations des voiles étaient parfaites. 
Autant vous dire qu'il ne faut plus parler de Nouvelle Zélande à Francis. Heureusement que les gens sont très gentils, toujours prêts à rendre service, sans attendre quoi que ce soit en retour, on aurait peut-être des leçons à prendre de ce côté là ! Nous avons bénéficié d'un accueil remarquable. Particulièrement de la part de Barry, le directeur très dévoué de "Otago Yacht Cub". Un grand merci à toi l'ami !

Quel bonheur de reprendre la mer !

Cap vers le Horn et Le Bono ...

samedi 8 décembre 2018

Cap Horn

Aujourd'hui, je vais vous parler de mon "Cap Horn". Ce n'est pas le "fameux" que nous allons bientôt franchir dans environ un mois et demi, c'est mon régulateur d'allure qui porte le même nom. Avec Francis, qui en est également équipé, nous l’appelons le "RA" dans nos nombreux échanges par sms sur Iridium Go. 
Le Cap Horn fait complètement partie de l'équipage car il prend très souvent la relève pour barrer Chanik. Je l'utilise assez souvent en alternance avec les pilotes automatiques "Laurent", "Raymond" et "Leslie". 
Il m'est arrivé une petite mésaventure avec mon Cap Horn : Juste avant d'arriver en Nouvelle Zélande, j'ai perdu la Pale immergée ... elle est allée prendre un bain mais n'est jamais revenue à bord. C'est ballot ! Maintenant, sans elle, ça marche beaucoup moins bien ! J'ai donc profité de mon escale en pays Kiwi pour contacter le constructeur au Canada, Yves Gélinas et son associé Eric Sicotte. Ils ont été très réactifs. Fabriquée en urgence, immédiatement à la suite de mon appel, la pale a été envoyée dans les plus brefs délais à Otago Yacht Club, là où je suis en ce moment. Je viens de la recevoir.

Nous sommes quelques uns sur "La Longue Route" à utiliser le "Cap Horn". Voici le lien du constructeur Cap Horn 

En attendant d'autres nouvelles de nos aventures avec Francis, je vous laisse profiter de la petite vidéo de coucher de soleil sur laquelle ont aperçoit le "Cap Horn", mon régulateur d'allure

mercredi 28 novembre 2018

Escale en Nouvelle Zelande

https://www.odt.co.nz/news/dunedin/solo-round-world-yachtsman-takes-long-way-homeJe suis arrivé lundi soir en Nouvelle Zélande. Je suis à Dunedin au "Otago Yacht Club" où j'attends Francis qui devrait arriver d'ici peu. Ses voiles d'avant sont à réparer.
En attendant voici un article paru dans le "Daily Times" d'hier.
Je vous en dirais beaucoup plus très bientôt ...
Bonne lecture

jeudi 22 novembre 2018

mercredi 14 novembre 2018

Génois, Anatifes et ... Champagne !

Comme prévu, Francis est venu me rejoindre à l'abri de la baie de Dover. Nous avons pu ainsi effectuer ensemble les réparations sur son gréement et particulièrement sur son génois. Il est ensuite monté en tête de mât pour un contrôle général. La vérification de sa trinquette s'est conclue par un démontage. Il aura ainsi tout le loisir de faire une bonne séance de couture en mer. Changer des pièces sur son pilote automatique et rendre étanche son coffre arrière seront les derniers travaux effectués sur son voilier « Alizés 2 ».
J'ai profité de cet halte pour gratter nos coques pleines d'anatifes (connus aussi sous le nom de bernacles). Ces parasites s'étaient surtout accumulés à l'arrière, de beaux bestiaux de 10 cm de long. La combinaison de 5mm de Francis n'était pas superflue pour aller patauger dans une eau à 13 ºC et aller batailler pour les extraire, c'est que ça tient bien ces « machins » ! On a enfin retrouvé la glisse de nos canotes avec leur coque toute propre.
Un grand merci à Matt du club de voile de Dover pour nous avoir autorisés à utiliser leurs bouées et à Jeremy pour son guidage par vhf. Tous deux nous ont offert aussi leur aide et leur assistance que nous avons déclinées. Nous avons préféré rester autonomes et ne pas descendre à terre. Nous évitons ainsi de compter cet arrêt comme escale.
Cela nous a permis également de laisser passer une grosse dépression, juste de quoi repartir sereins. 
La cerise sur le gâteau : faire sauter le bouchon de champagne et fêter la mi-parcours de notre « Longue Route Solidaire » Hummm ... un vrai régal de partager ça ensemble ! Une occasion unique pour refaire le monde ...
Nous avons repris notre route hier, cap vers Le Bono que nous espérons atteindre dans 4 mois ... 

samedi 10 novembre 2018

Interview de Magali Thiboud sur la Longue Route 2018

Merci Bruno pour cet interview de ma Galy, le 15 juin 2018, quelques jours avant mon départ du Bono :

vendredi 9 novembre 2018

Tasmanie

Chanik dans la baie de Dover .
 Je suis arrivé hier soir (jeudi 8 novembre) à 19h locale (GMT + 10) dans la baie de Dover, près de Hobart en Tasmanie. J'ai trouvé un abri tranquille pour attendre Francis. Nous interviendrons ensemble sur son gréement qui a subi des dommages lors de la dernière dépression. Nous enlèverons son génois qui s'est explosé dans le gros temps et bien entortillé autour de l'enrouleur. Nous mettrons en place son génois de rechange. Ce n'est pas une escale. Nous ne mettrons pas le pied à terre. L'idée est de rester autonome ...
Chanik va bien, elle tient le coup et je m’efforce de prendre toujours soin d'elle pour que nous arrivions ensemble en bon état. En attendant nous continuons à  profiter ensemble de cette belle aventure qui a déjà de nombreuses péripéties à son actif. L'océan Indien ne nous a pas épargné, fidèle à sa réputation, il nous a fait comprendre qu'il fallait rester toujours prudent si on voulait continuer à prendre du plaisir. Serait-ce là,une limite à la liberté choisie ?
En attendant, le marin aussi va bien. C'est pour beaucoup, grâce à sa Pénélope, Magali qui le soutien toujours et particulièrement dans les moments les moins faciles. Sans elle tout cela n'aurait pas été possible ! Nous avons, nous aussi, encore un long parcours à faire ensemble ...

vendredi 19 octobre 2018

Gestion de l’energie à bord

Chose promise, chose due ! Je vous ai parlé récemment de ma façon de gérer l'eau au cours de ce beau périple. Dans le même esprit, aujourd'hui je vais aborder le thème de l'énergie à bord. Autre vaste domaine qui va, encore une fois, être traité de façon légèrement différente d'un bateau à l'autre mais toujours avec une problématique commune à la base.

Notre principale source d'énergie, il va sans dire, c'est le vent. Le propre d'un voilier est bien sûr d'utiliser ce vent pour avancer. On pourrait en rester là - tout serait dit - et nous glorifier orgueilleusement en clamant haut et fort que nous n'avons besoin de rien d'autre. Nous serions ainsi les rois du bilan carbone. Mais nos voiliers sont également équipés de plus en plus de « trucs » qui se sont rendus « indispensables » pour assurer notre petit confort. Mais au fait, comment faisait-on avant ? Tous ces « machins » ont besoin d'électricité pour fonctionner et c'est ici que les ennuis commencent. Parce qu'il n'y a pas d'autres mots pour parler d'électricité à bord. C'est une vraie source de problèmes. Il y a deux principales raisons à ça : l'humidité permanente et les secousses. Oui, pour faire simple, un voilier ça trempe dans l'eau et ça bouge tout le temps, pour bénéficier d'un bon circuit électrique il existe de meilleures conditions !

Mais commençons par le début et faisons notre « bilan électrique ». Qu'est ce que c'est que ça encore ? Pour faire simple, il faut savoir combien on a besoin d'électricité par jour. Rappeler vous, les fameux Ampères. Ce sont les batteries qui vont nous les fournir, il faudra donc disposer d'un nombre suffisant pour faire fonctionner tout cela. Et enfin il faudra être capable de recharger ces batteries au fur et à mesure. 
Pour calculer le besoin en électricité il faut connaitre la consommation des appareils utilisés et leur temps de fonctionnement dans la journée. Le parc batteries doit être égal à 4 fois cette consommation journalière. Et enfin, le "must" est de profiter d'installations adéquates pour assurer la charge. 
Comparons un peu tout cela avec le fonctionnement de notre voiture. Celle-ci dispose d'une batterie qui permet de démarrer le moteur et de faire fonctionner les phares, essuie-glaces et autres auto-radio. C'est l'alternateur couplé au moteur qui assure la charge de cette batterie. Sur un voilier le principe général est le même. Il y a aussi un alternateur bien sûr ! Il serait largement suffisant pour la navigation côtière. Quand le moteur tourne et recharge en même temps les batteries, le tour est joué !
En revanche sur un voilier qui part faire le tour du monde pendant 300 jours, on ne peut pas se contenter de l'alternateur pour recharger les batteries. Il nous faudrait une quantité de gaz-oil énorme et bonjour notre fameux bilan carbone dont nous étions si fier au départ ! Cet alternateur, on se le garde en ultra grand secours au cas où ... Pour recharger les batteries sur un voilier, on peut utiliser aussi des panneaux solaires, une éolienne ou encore un hydrogénérateur. Il existe également des systèmes d'alternateurs attelés à la ligne d'arbre. Là encore il faut faire des calculs pour savoir si tout ça nous permettrait de suffisamment charger nos batteries. Les panneaux solaires ont besoin de soleil, Lapalisse n'aurait pas dit mieux ! L' éolienne a besoin de vent et l'hydrogénérateur a besoin de vitesse pour fonctionner. Il faudra donc s'équiper en bonne connaissance de cause.

Quelques chiffres pour les puristes : dans le cadre de La Longue Route, Chanik a besoin de 100 Ampères par jour pour faire fonctionner le pilote automatique (le plus gros consommateur d'électricité), les appareils et feux de navigation ainsi que l'éclairage et autres petits accessoires. Il n'y a ni frigo, ni chauffage, ni dessalinisateur qui sont de gros consommateurs, eux aussi, d'énergie. C'est un choix assumé. Pour fournir cette énergie, je dispose quand même d'un parc de 4 batteries de 100 Ampères chacune. Le moteur qui ne tourne jamais - ah ça y est, j'ai retrouvé la fierté de mon bilan carbone - dispose de sa propre batterie pour son démarrage. Pour charger les batteries j'ai 200 Watts de panneaux solaires, une éolienne (dont j'ai déjà cassé deux pales mais qui fonctionne malgré tout, un peu moins bien c'est certain !) et un hydrogénérateur dont je ne me sers que très rarement, en grand secours. 

Au final, comme pour l'eau, il faudra savoir être économe et ne pas gaspiller son électricité. Un bon contrôleur devient un accessoire très pratique pour connaitre en permanence l'état de sa consommation.

Nb : je n'ai pas trouvé de petit nom sympa pour l'installation électrique. Buzz, peut-être ! comme « Buzz l'éclair » ... mais il doit y avoir mieux. Je vous laisse y réfléchir. Vous pouvez me soumettre le fruit de vos réflexions. Le gagnant aura droit à ... là c'est moi qui vais réfléchir !

En attendant Chanik et moi nous approchons tranquillement de l'Australie. Le Cap Leeuwin n'est plus très loin. Mais je vous en parlerai à ce moment là. D'ici là, vous pouvez toujours suivre notre position sur les cartes ...

A bientôt,

samedi 13 octobre 2018

"Claire"

 Nous sommes au 100 ème jour de mer et nous nous approchons tranquillement de la longitude du Cap Leeuwin, au sud est de l’Australie, deuxième grande étape du parcours. Je pense y arriver dans une dizaine de jours. En attendant, Chanik et moi progressons assez bien en ce moment. Je profite d’un bon vent portant qui souffle entre 20 et 30 noeuds et la mer qui va avec. Ce qui nous fait beaucoup rouler. Tout va bien à bord avec un peu de bricolage quand même : je suis en train de réparer le support du vérin hydraulique de « Laurent », mon deuxième pilote automatique. Il a lâché il y a 3 jours. Démontage, ponçage, grattage, sciage, stratification ... de quoi bien s’occuper dans des conditions un peu rock’n roll ! Remontage du support prévu dès que la mer se sera calmée. En ce moment nous subissons une houle de 4 mètres. Voilà pour les nouvelles du jour ... Et sinon, quel peut bien être le quotidien d’un marin de La Longue Route ? Bien entendu son objectif principal est de faire avancer son bateau au mieux pour boucler cet énorme parcours.Navigation, analyse météo, routage et réglages des voiles permettent tout cela. Mais pour le reste, ça se passe comment ? Comment vit-on en mer, tout seul lorsque l’on part réaliser un parcours aussi long ? Excellente question ! Le grand principe, en fait, est d’arriver à rester en autonomie complète dans tous les domaines. En plus de devoir faire face aux problèmes techniques, le bonhomme doit aussi gérer tout seul son alimentation, son sommeil, sa santé, ses craintes, son moral et aussi ses loisirs. Les besoins en eau et en énergie sont des domaines qu’il faut avoir anticipés.
 Pour répondre directement à une question de Serge, j’ai décidé aujourd’hui de vous parler de la gestion de l’eau à bord. Vaste sujet car si nous avons tous les mêmes besoins, chacun des participants à La Longue Route gère cette question de façon différente. Il nous faut boire, faire la cuisine et éventuellement nous laver. Serge énumérait les besoins d’un homme à terre : « ... j'ai calculé que par jour il faut boire 1,5l + la cuisine 0.5l + la toilette 3l ça fait 5l minimum par jour. Ça fait peu, ça serait plus 10l par jour. Mais vu le contexte je t'accorde 7l/jour. En prévision de 300j de mer il t'a fallu embarquer 2100 l. Et là je suis perplexe ... ». Effectivement il y a de quoi l’être. Impossible d’embarquer autant d’eau sur nos petits voiliers. Il y a la solution évidente d’utiliser un « déssalinisateur ». Dans le nautisme, il y en a maintenant de très bons qui savent produire 4 à 5 litres d’eau douce à l’heure à partir de l’eau de mer. Ce système est basé sur le principe de l’osmose. Certains d’entre nous en sont équipés. C’est toutefois une installation complexe, coûteuse et gourmande en énergie. Et c’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de ne pas m’en équiper. Il faut donc faire autrement mais surtout faire déjà très attention à sa consommation et éviter le gaspillage. J’ai prévu d’utiliser 3 litres d’eau douce par jour, tous besoins confondus. Ce qui représente 900 litres pour 300 jours de mer. A bord, je dispose de 300 litres dans mes cuves et j’ai embarqué 300 litres d’eau minérale en bonbonne. Ce qui fait un total de 600 litres disponibles à bord au départ. Il me manque donc 300 litres que je compte récupérer avec la pluie. Avant le départ, je me suis confectionné une bâche spéciale qui me permet cela. J’ai d’ailleurs surnommé mon installation « Claire » ... comme "à la claire fontaine"...! Bref ! Je ne vous cache pas que l’utilisation de ce système est un peu compliquée surtout quand il y a beaucoup de vent comme en ce moment. Le rendement n’est pas très bon et il faut accepter d’aller se faire tremper pour l’utiliser ... On ne parle ici que de l’eau douce. Heureusement, on dispose d’eau de mer à profusion. Ce qui permet de faire fonctionner les toilettes, de faire la vaisselle et de l’utiliser aussi un peu en cuisine. Je vous parlerai, une autre fois de la gestion de l’énergie ...

vendredi 28 septembre 2018

Raymond, Laurent, Leslie et autres barreurs ...

Une navigation en solitaire, aussi longue soit-elle comme peut l'être celle-ci par exemple, oblige son skipper à prendre un certain nombre de dispositions. Le pilotage du bateau est un des domaines importants à bien anticiper. En équipage le problème est assez simple, les marins se relaient en permanence, ils « prennent le quart » à tour de rôle et peuvent barrer pour diriger le bateau. En revanche, le solitaire doit tout faire tout seul à bord, toutes les tâches nécessaires à la bonne marche du bateau, les manoeuvres de voiles, étudier la navigation et la météo, faire le routage, mais aussi il doit prendre du temps pour lui, pour se restaurer, dormir, etc, ... Il ne peut donc pas rester tout le temps derrière sa barre. Il a besoin d'un équipement adéquat qui prend le relais. 
Si je donne l'impression d'enfoncer ici des portes ouvertes à évoquer un sujet aussi évident que le pilotage automatique, c'est pour montrer l'importance qu'il revêt dans le cas d'une navigation extrême en solitaire.
En 1895, Josuha Slocum utilisait un simple bout qu'il amarrait autour de la barre pour maintenir le cap du « Spay » lors de son tour du monde en solitaire. Pour sa « Longue Route » en 1968, Bernard Moitessier avait équipé son « Joshua », d'un régulateur d'allure. Aujourd'hui nous avons tous un pilote automatique sur nos voiliers. 
L'évolution des technologies a grandement facilité la pratique de la plaisance dans beaucoup de domaines comme par exemple celui des communications, de la cartographie électronique, du GPS et aussi de l'enrouleur de génois. Le pilotage automatique en a aussi pleinement bénéficié. Mais voilà, la face cachée de la lune, l'électronique et la mer ne font pas bon ménage. Les pilotes automatiques, comme tous les autres appareils à bord sont sensibles à l'humidité, à des connexions mal faites qui ne vieillissent pas bien ou encore aux mouvements violents que peut subir un bateau à cause du mauvais temps. Tout cela provoque des faux contacts ou de nombreuses pannes.
On imagine bien, dans ces conditions, que pour partir autour du monde en solitaire en voilier il faut être sûr de la fiabilité de son pilote automatique, de son « équipier », je devrais dire ! 
En ce qui me concerne, j'ai fait le choix d'équiper Chanik de deux pilotes automatiques et d'un régulateur d'allure. De plus, sur mon régulateur d'allure, j'ai opté pour une option supplémentaire, l'utilisation possible d'un tout petit pilote de barre franche connecté sur le système de drosses. Ce pilote remplace l'aérien dans ses conditions limites d'utilisation.
Chacun de ces 4 pilotes ont tous leurs avantages mais aussi leurs défauts. Pour déléguer ce genre de tâche de façon plus humaine, je me suis amusé à leur attribuer un petit nom à chacun. Il y a d'abord « Raymond » qui a déjà de nombreux milles au compteur. C'est lui qui m'a emmené faire le tour de l'Amérique du sud en 2012. Nous avons passé le Cap Horn ensemble dans des conditions épouvantables. Pendant cette période, j'ai passé beaucoup de temps à le réparer, à le maintenir en état et au final il est encore là, toujours fidèle au poste. Il reste encore aujourd'hui, mon petit préféré ! Depuis, j'ai installé un régulateur d'allure en 2013, au Brésil, avant de ramener Chanik en France. A la suite des nombreuses pannes de Raymond, j'ai préféré le seconder par ce système entièrement mécanique qui a déjà fait ses preuves dans le nautisme depuis plus de 50 ans. Son fonctionnement, essentiellement mécanique, demande quand même une certaine habitude dans son utilisation. De plus son rendement n'est pas optimal dans tous les temps. En revanche, lors de son fonctionnement, plus de problèmes électroniques, il ne consomme aucune électricité à la différence des autres. Son concepteur, Yves Gélinas, l'avait déjà baptisé « Cap Horn ». Quel joli nom ! Le petit pilote en option qui se connecte dessus a reçu le surnom de « Leslie ». Peu gourmand en électricité je lui ai attribué un rôle de grand secours. Et enfin il ne faut pas que j'oublie de vous parler du « petit » dernier qui est en fait une vraie bête de course : « Laurent » est très puissant mais il est aussi très gourmand en électricité, ce qui fait que je ne l'utilise pas beaucoup. Je reviendrai d'ailleurs, plus tard sur ce sujet de l'autonomie en électricité. J'ai donc un équipage de quatre marins qui peuvent « prendre la barre ». L'idéal pour un solitaire ! Imaginez les concurrents de la GGR qui ne peuvent utiliser que le régulateur d'allure.
Depuis le départ, Raymond et le Cap Horn se relaient très souvent mais je ne vous cache pas que j'aime beaucoup barrer aussi. Je veux bien passer pour un fou car aujourd'hui plus personne ne barre. Le pilote automatique a rendu le marin feignant ! A bord, il m'arrive d'y passer plusieurs heures par jour. J'adore ça! C'est à la barre que je vois tout, que je ressens tout. C'est à ce moment là que Chanik me parle. Moment de fusion entre nous. Elle me dit si les voiles sont bien réglées ou si la mer n'est pas trop mauvaise pour elle. Elle me transmet sa joie de filer à toute allure dans les vagues, à vouloir tracer son sillon dans la lame, l'écume jaillissant de l'étrave. Elle me fait partager son bonheur à dévaler les pentes des grosses vagues et m'emporte avec elle dans des surfs endiablés. Au bout d'un moment elle sait aussi me fait sentir « ça va bien l'ami, tu peux me laisser seule avec Raymond maintenant et aller vaquer à tes occupations, on a bien la situation en main tous les deux».
Aujourd'hui, ils sont encore très vaillants tous les quatre. Je touche du bois ...
Je me souviens (Hé papy !) d'une des premières chansons de marin que j'ai apprises en rentrant dans la Marine, en ... il y a 40 ans déjà ? la vache ! comme le temps passe vite ! J'ai l'impression que c'était encore hier ... cette chanson donc, faisait comme ça : 
« ... Hé garçon prends la barre,
Vire au vent et largue les ris ... ».

J'avais 20 ans, ... on ne se refait pas !

dimanche 23 septembre 2018

Ocean Indien

Entre le Cap de Bonne Espérance (au sud de l'Afrique) et le Cap Leeuwin (au sud de l'Australie) s'étend l'Océan Indien sur 4500 nautiques (plus de 8000 km). Nous évoluons en ce moment dans sa partie australe, une grande première ! J'ai décidé de nous immiscer avec prudence dans ce doux enfer. N'étant pas très rassuré à l'avance, je l'aborde délicatement et découvre que sa mauvaise réputation n'est pas surfaite. Des voiliers de la GGR avec qui nous naviguons en ce moment, y ont déjà subi de graves avaries. 
Certaines journées sont particulièrement agitées comme je le décrivais précédemment. Les prévisions météo maintes fois analysées nous laissent au final face à l'évidence: le mauvais temps est là. La vie à bord devient vite un enfer et nous passons alors en mode survie. Les vagues déferlent et viennent s'éclater sur la coque dans un vacarme assourdissant. On a l'impression dans ces moments là de subir des coups de boutoir. Malgré une assez bonne étanchéité, l'eau arrive quand même à rentrer. Les cales se remplissent doucement et tout devient humide à bord. Le froid s'installe, il ne reste plus qu'à enfiler des couches de vêtements les unes sur les autres pour éviter d'attraper la mort. Là, tout est bon, même la bouillotte offerte par ma Galy avant le départ devient un délice! L'angoisse monte et il n'y a plus qu'à espérer que le mauvais temps s'estompe bientôt pour retrouver une « vie normale ».
En revanche, il arrive aussi souvent de bénéficier de magnifiques moments de plénitude, de ceux que nous sommes venus chercher, où tout est un vrai régal à vivre. Dès l'aube les couleurs s'annoncent douces, le ciel dégagé laisse passer un soleil radieux et la température vient avoisiner les 20°C. On peut passer des heures assis dehors dans le cockpit à regarder inlassablement le vol des albatros, des pétrels et autres puffins. Ils dessinent des arabesques dans le ciel et planent au ras des vagues sans jamais bouger leurs ailes. Comment ne pas se laisser subjuguer par un tel spectacle ? On peut aussi s'installer dehors pour lire au soleil le roman du jour. C'est alors le moment de tout ouvrir pour laisser rentrer le bon air, aérer et faire disparaitre les traces d'humidité qui commençaient à perler sur les hublots. Les vêtement sont sortis pour une séance de séchage au naturel, comme à la maison. Opérations d'ailleurs souvent vaines car une fois que les vêtements ont pris l'eau de mer ils n'arrivent plus vraiment à sécher. Mais ce n'est pas grave car cette ambiance presque tropicale, en tous les cas surréaliste, laissent entrevoir les prémices du bonheur ! Et le soir arrive sans bruit. Il nous offre le plus beau des couchers de soleil pour clore cette journée de rêve ...
Entre les deux il y a les autres jours. Ces journées où la seule réelle préoccupation est de faire avancer le bateau dans les meilleures conditions possibles de sécurité en fonction de la météo qui s'offre à vous. Même si le vent peut se mettre parfois à tomber, la mer, elle, reste toujours agitée et un grain peut survenir n'importe quand. Cela vous apprend à ne jamais mettre toute la toile pour pouvoir étaler les bourrasques si besoin. Cet Océan Indien est un terrain de jeu très sportif qui demande une attention de tous les instants. Il abrite, en l'occurence les TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises), comme par exemple Kerguelen, Crozet, Amsterdam, qu'on surnomme volontiers les « îles de la désolation » ... !

Une pensée toute particulière pour Abhilash Tomy, concurrent de la GGR, blessé et coincé au fond de son bateau démâté après s'être retourné. Il attend les secours qui devraient arriver d'ici deux ou trois jours.